Menacer: “Le régime algérien n’est pas capable de se réformer” (El Salto)

« La crise politique ouverte en Algérie à la suite de la volonté du président Abdelaziz Bouteflika de se représenter, ne montre aucun signe de sa fin, pas plus que sa démission et la promesse d’une transition supervisée ont apaisé la rue. » Lyes Menacer 1979), consultant politique et journaliste du journal Liberté, l’un des principaux médias indépendants du pays, s’est entretenu au téléphone avec El Salto pour lui faire part de son analyse de la situation et des scénarios futurs possibles  »

Une interview de Ricard González que vous pouvez lire en Espagnol ici:

https://www.elsaltodiario.com/argelia/lyes-menacer-regimen-argelino-incapaz-reforma-solo-sobrevivir

Assumer «ses» terroristes, un article de B.Mikail

Comment convient-il de réagir vis-à-vis des membres de Daech et consorts faits prisonniers dans des pays étrangers ? On notera que cette question semble plus s’imposer à nombre de gouvernements occidentaux, qu’à leurs homologues non occidentaux. Pendant que les pays membres de l’Union européenne préfèrent maintenir leurs ressortissants radicaux loin de leurs territoires nationaux, d’autres – dont surtout les pays arabes – n’ont pas à s’embarrasser de telles considérations. Que leurs ressortissants rentrent sur leurs territoires, et ils courront le risque d’une peine oscillant entre réclusion à perpétuité et peine capitale : cela suffit généralement à dissuader les vocations au retour.

Évidemment, pour ces mêmes pays occidentaux, le devoir de juger leurs ressortissants sur leurs territoires s’accompagne d’une autre considération : ces mêmes personnes disposent généralement d’une double nationalité. Il en découle une forme d’auto-dédouanement par procuration, qui repousse l’échéance du problème plutôt qu’elle ne le résout. Il y a deux semaines, il aura suffi d’un simple tweet du président Donald Trump pour rappeler les Européens à leurs vulnérabilités (voir notre chronique du 21 février 2019).

Du temps de son mandat présidentiel, François Hollande voulait légaliser la possibilité de déchoir de leur nationalité française les binationaux auteurs d’actes terroristes ; mal lui en prit. Contraint de renoncer, il confessera même, plus tard, avoir commis là une grande erreur. Loin du politiquement correct, il faut cependant prendre ce projet ainsi envisagé pour ce qu’il reflète vraiment : une vision selon laquelle les tendances radicales seraient inhérentes à certains individus en particulier, et mériteraient d’être refoulées plutôt que d’être traitées à la racine.

Pourtant, les pays occidentaux, et certains de leurs alliés, se sont-ils réellement épargné le développement de politiques favorisant le développement de ce terrorisme ? De Washington à Doha en passant par Londres, Paris et Ankara, un grand laxisme a été privilégié, aux débuts du “Printemps arabe”, devant le développement du radicalisme. Fermer les yeux, ou favoriser les alliances objectives, paraissait valide tant que cela permettait de consolider un objectif prioritaire : provoquer la chute de Bachar al-Assad en Syrie. Ce n’est qu’avec un clair retournement de flamme (attentats à Istanbul, à Paris, à Bruxelles…) que la conscience devant le danger de ces groupes s’est faite plus vive. Dans le même temps, envisager la déchéance de nationalité pour les binationaux revenait, dans les faits, à botter en touche devant une responsabilité qui, sans nécessairement le dédouaner, dépassait pourtant de loin la responsabilité du seul pouvoir syrien.

Les pays européens dont les ressortissants se sont retrouvés engagés dans des formations terroristes (Daech, Al-Qaïda et leurs affidés) sont bien obligés de regarder la réalité en face : ils doivent assumer leurs responsabilités. Celles-ci incluent l’obligation de procéder à l’extradition des combattants présents à l’étranger, de les rendre responsables des actes qu’ils ont commis, et de les juger en conséquence, selon les lois nationales en vigueur.

Le même traitement se devrait d’être étendu aux cas des conjoint(e)s non combattant(e)s et des enfants mineurs rattachés à ces présumés terroristes : les pays d’origine disposent d’un arsenal législatif, qui arrimé sur des spécificités nationales, qui sur les principes et termes des conventions ad hoc en matière de respect des droits de la personne, censé suffire à adresser le défi posé par ces combattants.

Il se peut en effet que, derrière le jugement auquel seront confrontées ces personnes, d’aucuns redoutent que ce soit le procès des politiques erronées de beaucoup de pays occidentaux vis-à-vis du “Printemps arabe” qui puisse être ouvert. La France n’a-t-elle ainsi pas, de l’aveu même de François Hollande, soutenu et livré des armes aux “rebelles” en Syrie, à une époque où l’Union européenne avait décidé d’un embargo en la matière ?

Rien de choquant ou d’immoral, diront certains. De fait, sauf à pouvoir lever le voile sur la nature réelle de ces rebelles, dont tous ne sont pas nécessairement de tendres agneaux respectueux des lois de la guerre. Le procès des terroristes engagés au Moyen-Orient prend le risque d’ouvrir la boîte de Pandore, ce que peu de gouvernements souhaitent réellement ; mais cela ne devrait pas pour autant empêcher ces mêmes pays d’assumer les responsabilités qu’elles ont vis-à-vis de tous leurs ressortissants. C’est là l’un des principes de l’État de droit.

 

L’effet Trump, un article de B. Mikail dans Liberté

Il arrive aux tweets du président américain Donald Trump de transmettre des messages dignes d’attention, tant ceux-ci ont le mérite de nous en apprendre sur nous-mêmes. Ainsi, selon le chef de la première puissance mondiale, la défaite de Daech serait imminente, et les pays européens se devraient de rapatrier leurs quelque 800 ressortissants djihadistes faits prisonniers en Syrie.
Cette déroute en voie d’être achevée de Daech que Donald Trump suggère se vérifie en partie : le long de ces quatre à cinq dernières années, l’organisation a subi des frappes considérables qui ont eu des conséquences sur son étendue géographique et sur son leadership. Rappelons que cet étiolement doit aussi beaucoup à la Russie. Quand Moscou a procédé à la mise en place de sa propre coalition anti-Daech, fin 2015, l’équivalent mis en place par les États-Unis un an plus tôt avait échoué à faire la différence. “L’effet Poutine” donnera un coup de fouet à la stratégie anti-Daech déployée en Irak et, surtout, en Syrie.

(Continue)

Les Soudanais vivent-ils leur propre “Printemps arabe” ?

Les Soudanais vivent-ils leur propre “Printemps arabe” ? Depuis la mi-décembre 2018, une série de nouvelles manifestations populaires sont apparues, allant jusqu’à culminer dans une vingtaine de villes à ce jour.
Même cas singulier du Darfour mis à part, le phénomène n’est pas nouveau. Fin janvier 2011, le Soudan avait connu l’impact du “Printemps arabe”. Celui-ci retombera ensuite, dans un contexte de proclamation par le Soudan du Sud de son indépendance. Les manifestations se feront à nouveau vives en 2013 ; la réaction du pouvoir sera alors sanglante, faisant des centaines de morts, selon les recensements de diverses associations des droits de l’homme. Le Soudan n’en est donc pas à son coup d’essai ; pourtant, la phase qu’il traverse aujourd’hui est nouvelle à plusieurs égards. Ainsi de l’étendue géographique des manifestations, qui touche à ce stade quelques dizaines de villes, contrairement aux précédents de 2011 et de 2013, où la donne était, quelques exceptions mises à part, plutôt restée confinée à la capitale soudanaise et à ses environs.
De même concernant les catégories socioprofessionnelles soudanaises contestataires ; aujourd’hui, les manifestations ne se limitent pas – ou plus – aux couches les plus modestes du pays. Le “syndicat des professionnels”, agrégat de catégories sociales incluant les classes dites moyennes ou supérieures de la société — médecins, ingénieurs ou encore professeurs — fait ainsi partie des formations lancées dans ce qui apparaît à de maints égards comme une contestation du pouvoir du président Omar al-Bachir.
Certes, certains manifestants se limitent à une demande de rééquilibrage du pouvoir d’achat ; mais les slogans anti-régime sont aussi là. Les demandes du “syndicat des professionnels”, agrégées à celles de “la population” prise dans son ensemble ainsi qu’aux actions et demandes de structures plus franchement représentatives des “jeunes”, donnent à ce vent de la contestation plus de substance encore. Continuer la lecture

Barah Mikail

Entre Khashoggi et ben Salmane, la France opte pour ses intérêts

Le fait pour la « patrie des droits de l’homme » de ne pas s’être dissociée du prince héritier saoudien malgré les suspicions pesant à son encontre dans l’affaire Khashoggi n’a rien d’extraordinaire : la France est un acteur pragmatique qui cherche à protéger sa relation avec Ryad.

Le « cas Khashoggi » a prouvé que la France pouvait difficilement se désolidariser de l’Arabie saoudite. Les raisons à cela sont claires, et elles passent en partie par les questions liées au marché de la défense.

Les pays européens fournissent aujourd’hui à l’Arabie saoudite 60 % de son armement ; entre 2001 et 2015, ils ont exporté pour 57 milliards d’armement vers le royaume, selon des chiffres du SIPRI cités par Le Monde.

De son côté, le ministère français des armées rappelait dans un rapport au Parlement sur les exportations d’armement publié en juillet 2018, qu’entre 2008 et 2017, l’Arabie saoudite avait passé commande à la France pour un total de 11,130 milliards d’euros. Soit une moyenne de plus de 1 milliard d’euros par an, qui explique en large partie pourquoi la France tient à ne pas se mettre à dos son partenaire saoudien.

Ces éléments ne peuvent cependant faire fi du poids important de l’Arabie saoudite sur les plans politique et stratégique. En Syrie hier, au Liban et au Yémen aujourd’hui, sans oublier les évolutions liées à l’Irak, à l’Iran, ou encore ce qui se dit sur une volonté saoudienne d’aller plus avant dans un rapprochement avec Israël… Riyad compte pour beaucoup dans les évolutions du monde arabe. Lui tourner le dos, c’est renoncer à une porte d’accès sur une région qui reste d’un intérêt stratégique majeur, si l’on en croit notamment la rivalité américano-russe qui continue à y prévaloir.

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Barah Mikail

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