L’effet Trump, un article de B. Mikail dans Liberté

Il arrive aux tweets du président américain Donald Trump de transmettre des messages dignes d’attention, tant ceux-ci ont le mérite de nous en apprendre sur nous-mêmes. Ainsi, selon le chef de la première puissance mondiale, la défaite de Daech serait imminente, et les pays européens se devraient de rapatrier leurs quelque 800 ressortissants djihadistes faits prisonniers en Syrie.
Cette déroute en voie d’être achevée de Daech que Donald Trump suggère se vérifie en partie : le long de ces quatre à cinq dernières années, l’organisation a subi des frappes considérables qui ont eu des conséquences sur son étendue géographique et sur son leadership. Rappelons que cet étiolement doit aussi beaucoup à la Russie. Quand Moscou a procédé à la mise en place de sa propre coalition anti-Daech, fin 2015, l’équivalent mis en place par les États-Unis un an plus tôt avait échoué à faire la différence. “L’effet Poutine” donnera un coup de fouet à la stratégie anti-Daech déployée en Irak et, surtout, en Syrie.

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Les Soudanais vivent-ils leur propre “Printemps arabe” ?

Les Soudanais vivent-ils leur propre “Printemps arabe” ? Depuis la mi-décembre 2018, une série de nouvelles manifestations populaires sont apparues, allant jusqu’à culminer dans une vingtaine de villes à ce jour.
Même cas singulier du Darfour mis à part, le phénomène n’est pas nouveau. Fin janvier 2011, le Soudan avait connu l’impact du “Printemps arabe”. Celui-ci retombera ensuite, dans un contexte de proclamation par le Soudan du Sud de son indépendance. Les manifestations se feront à nouveau vives en 2013 ; la réaction du pouvoir sera alors sanglante, faisant des centaines de morts, selon les recensements de diverses associations des droits de l’homme. Le Soudan n’en est donc pas à son coup d’essai ; pourtant, la phase qu’il traverse aujourd’hui est nouvelle à plusieurs égards. Ainsi de l’étendue géographique des manifestations, qui touche à ce stade quelques dizaines de villes, contrairement aux précédents de 2011 et de 2013, où la donne était, quelques exceptions mises à part, plutôt restée confinée à la capitale soudanaise et à ses environs.
De même concernant les catégories socioprofessionnelles soudanaises contestataires ; aujourd’hui, les manifestations ne se limitent pas – ou plus – aux couches les plus modestes du pays. Le “syndicat des professionnels”, agrégat de catégories sociales incluant les classes dites moyennes ou supérieures de la société — médecins, ingénieurs ou encore professeurs — fait ainsi partie des formations lancées dans ce qui apparaît à de maints égards comme une contestation du pouvoir du président Omar al-Bachir.
Certes, certains manifestants se limitent à une demande de rééquilibrage du pouvoir d’achat ; mais les slogans anti-régime sont aussi là. Les demandes du “syndicat des professionnels”, agrégées à celles de “la population” prise dans son ensemble ainsi qu’aux actions et demandes de structures plus franchement représentatives des “jeunes”, donnent à ce vent de la contestation plus de substance encore. Continuer la lecture

Barah Mikail

Entre Khashoggi et ben Salmane, la France opte pour ses intérêts

Le fait pour la « patrie des droits de l’homme » de ne pas s’être dissociée du prince héritier saoudien malgré les suspicions pesant à son encontre dans l’affaire Khashoggi n’a rien d’extraordinaire : la France est un acteur pragmatique qui cherche à protéger sa relation avec Ryad.

Le « cas Khashoggi » a prouvé que la France pouvait difficilement se désolidariser de l’Arabie saoudite. Les raisons à cela sont claires, et elles passent en partie par les questions liées au marché de la défense.

Les pays européens fournissent aujourd’hui à l’Arabie saoudite 60 % de son armement ; entre 2001 et 2015, ils ont exporté pour 57 milliards d’armement vers le royaume, selon des chiffres du SIPRI cités par Le Monde.

De son côté, le ministère français des armées rappelait dans un rapport au Parlement sur les exportations d’armement publié en juillet 2018, qu’entre 2008 et 2017, l’Arabie saoudite avait passé commande à la France pour un total de 11,130 milliards d’euros. Soit une moyenne de plus de 1 milliard d’euros par an, qui explique en large partie pourquoi la France tient à ne pas se mettre à dos son partenaire saoudien.

Ces éléments ne peuvent cependant faire fi du poids important de l’Arabie saoudite sur les plans politique et stratégique. En Syrie hier, au Liban et au Yémen aujourd’hui, sans oublier les évolutions liées à l’Irak, à l’Iran, ou encore ce qui se dit sur une volonté saoudienne d’aller plus avant dans un rapprochement avec Israël… Riyad compte pour beaucoup dans les évolutions du monde arabe. Lui tourner le dos, c’est renoncer à une porte d’accès sur une région qui reste d’un intérêt stratégique majeur, si l’on en croit notamment la rivalité américano-russe qui continue à y prévaloir.

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Barah Mikail

Les effets collatéraux des sanctions américaines contre l’Iran

La rhétorique et les mesures adoptées par Donald Trump vis-à-vis de l’Iran ont pu donner une impression de crescendo depuis son arrivée à la présidence américaine.
Or, l’approche par les États-Unis du “cas iranien” a plutôt été radicale, et rapide. Après un temps de menaces laissant peu de place à la négociation, Donald Trump clôt l’année 2018 en paraphant les conditions pour un étranglement de l’Iran.
En témoignent les dispositions officiellement entrées en vigueur en ce 5 novembre 2018 : écartement de Téhéran du système bancaire international SWIFT, ou encore interdiction d’importation de pétrole iranien par les nations du monde – en clair, ceux de ces pays qui craignent de voir Washington les sanctionner vertement s’ils n’obtempèrent pas. Ces dispositions avaient été précédées, en mai 2018, par la signification par Washington de son retrait de “l’Accord sur le nucléaire iranien”, l’un des rares succès diplomatiques à porter au crédit du président démocrate Barack Obama. Les premières sanctions américaines officielles à l’encontre de Téhéran avaient suivi en août, portant déjà à l’époque sur les matières premières, les secteurs automobile et commercial, ainsi que les transactions financières. On se souvient comment, en début d’été, la pression se faisait vive sur les compagnies occidentales et leurs gouvernements. Ceux d’entre eux qui cherchaient à passer l’idée selon laquelle ils ne plieraient pas aux injonctions américaines ont vite déchanté. Même la Chine, mastodonte régional et client important et intéressé du marché pétrolier iranien, fait partie de ces nations qui ont dû demander à bénéficier d’un report de six mois de ces sanctions. Il faudra évidemment voir ce qu’il en sera réellement à l’issue de cette période. Mais on reste loin, pour l’heure, du mythe qui voulait que les relations américano-chinoises menaçaient d’une confrontation imminente. Les États-Unis justifient leur attitude sur l’Iran par une volonté de leur part d’obtenir un nouvel accord sur le nucléaire. Mais les faits leur font plutôt défaut. “L’Accord sur le nucléaire iranien de 2015” semblait certes imparfait, puisque l’étroite surveillance sous laquelle il plaçait l’Iran ne semblait pas être un gage de prémunition contre d’éventuelles tentations nucléaires militaires iraniennes. Mais il avait le mérite de permettre la construction d’un climat de confiance – le fameux “trust building”. Faire sauter ces dispositions annihile tout critère constructif dans la relation avec l’Iran. Qu’il cherche ou non un conflit militaire avec l’Iran, ce qui reste du – premier ? – mandat de Donald Trump va favoriser les épisodes de tension sur ce dossier, sur fond de braquage de la République islamique.
L’Iran, habitué à vivre sous embargo, est cependant aujourd’hui sous pression intense et menaçante. Mais il dispose encore de sérieux soutiens, à commencer par la Russie. La critique par Moscou de sanctions américaines qu’il considère “illégitimes” traduit sa solidarité – et un maintien annoncé de ses liens – avec Téhéran. La décision des États-Unis pourrait cependant générer un autre type de conséquences. La conjonction de la vision américano-israélienne sur le dossier iranien se maintiendra ; mais la relation américano-saoudienne en sortira tout aussi renforcée. Les États-Unis, aussi puissants soient-ils, demeurent en besoin d’un soutien maximal à ces sanctions sur l’Iran que beaucoup ont du mal à accepter. Sur ce plan, l’aversion saoudienne pour Téhéran fait partie des points sur lesquels Washington est content de pouvoir capitaliser aux fins de prouver la santé de ses décisions. Mais cela nécessite aussi pour Washington de pouvoir compter sur un leadership saoudien fort, cohérent et qui soit sans concession sur l’Iran. Or, personne mieux que le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) ne semble incarner ces caractéristiques.
En ces temps où “l’affaire Khashoggi” connaît un relatif essoufflement, il ne faudra pas s’étonner de voir l’épisode des sanctions américaines sur l’Iran boucler la boucle des questionnements sur l’attitude que pourrait favoriser Washington sur “la question MBS”. “L’affaire Khashoggi” semble même confirmer la manière par laquelle l’Administration Trump a perçu cette histoire depuis le début : une polémique qui passerait trop ou tard. Une hypothèse que les faits assoient de plus en plus.

Barah Mikail

(Article initialement paru dans le quotidien Liberté Algérie dans son édition du jeudi 8 novembre 2018 )

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